"qui bouge"
Une production de la compagnie a n o n y m e / coproduction CCN Tours
en partenariat avec le conservatoire de Pavillons-sous-Bois
avec le soutien de la DRAC-IdF / ministère de la culture et de la communication
avec le soutien du conseil général de Seine-Saint-Denis
avec le soutien de la ville de Paris
coréalisation: Etoile du Nord et Mains d'Oeuvres

 

Déconcertant et inattendu

Les quatre danseurs de Qui bouge de Sidonie Rochon,investis et détachés à la fois, soulignent la précision d'une écriture gestuelle faite de faux-pas, de gestes manqués, de presque rien. Cela n'est certes pas virtuose, mais requiert pour danser une attention permanente à l'état du corps qui est un rude travail d'interprétation. Donc ces quatre là s'installent d'abord immobiles. Ils y reviendront plusieurs fois, comme si cet alignement était le point d'où se nouent ces courses sautillantes, incertaines, comme des divagations d'alcoolique. Chacun prend tour à tour son espace, s'y perd en courses étranges, profère quelques phrases décousues. Puis tous quatre engagent un mouvement stupide, le dernier prenant la place du premier à condition d'avoir escaladé le corps de ceux qui le précédent. C'est puéril et tout à fait passionnant, comme si l'on observait dans une cour d'école, la métaphore de la quête du pouvoir dans un corps constitué. Le temps, sujet officiel de cette pièce, n'est que la matérialité de ce qui est necessaire pour faire un acte ridicule, comme remplacer son semblable. Ils finissent par sortir sans paraître s'en rendre compte, laissant le sourire narquois d'avoir assisté à une jolie parodie de lutte sociale.

Philippe Verrièlle

 

 

 

septembre 2005
création au CCN Tours
conception : Sidonie Rochon
avec : Anne-Emmanuelle Deroo, Stéphane Fratti, Sylvia Hillard, Nicolas Maloufi
Lumière: Patrick Debarbat
Composition sonore: Bertrand Gauguet

 

Nous sommes partis du constat que nous assistons ces dernières années à une accélération, contraction, compression du temps.
Ce qui nous intéresse dans ce changement en est sa traduction physique: le vécu, l'état du corps et les lignes de forces dans le mouvement.
Le parti pris de corps de cette chorégraphie est issu de l'idée que l'évolution du rapport au temps a déclenché une altération du rapport aux lois de la gravitation. Cela débouche sur une façon particulière de porter le poids de son corps: plus le temps de se recentrer. Le poids lâché dans l'espace prend rapidement de la vitesse. La conséquence en est que pour éviter la chute, il faut changer souvent de direction.
Nous sommes devenus, à l'image du corps social, des corps en déséquilibres dans un espace social compacté, jetés sur des trajectoires dont la destination change sans cesse. Dans ce travail, nous mêlons états de corps et prises de paroles. Nous jouons avec le décalage entre dire et faire.Certaines de nos paroles sont des injonctions rapportées, des slogans issus de l'actualité sociale. D'autres sont en prise avec le réel de la représentation.